200 milliards recouverts. C’est le chiffre fourni hier sur la Rfm par la Dame de fer, Mimi Touré, ancien Pm et ancien Ministre de la Justice.

Evidemment, ils sont nombreux comme Béchir Diawara, ancien Directeur de cabinet de Karim Wade, à parler de ‘’mensonge d’Etat’’.
Mais là n’est pas la question. La traque a été longtemps présentée comme une demande sociale par les tenants du régime actuel. Les Sénégalais, emportés par une stratégie de communication bien huilée des autorités, sont pour la plupart tombés dans les charmes de la traque. Des milliards ont été annoncés comme les 194 que le fils de Wade aurait engloutis, une Cour spéciale comme la Crei réactivée, des institutions de contrôle comme l’Office nationale de lutte contre la fraude et la corruption (Ofnac) mise en place.

La cadence a été accélérée autour de la traque pour, au finish, remercier manu militari le Procureur spécial près la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei) Alioune Ndao parce qu’il voulait poursuivre tous ceux qui étaient visés, une vingtaine, le Ministre de la justice elle-même a été défenestrée, la patronne de l’Ofnac Nafi Ngom Kêita de même, Karim a été gracié et exilé par la suite au Qatar.

Une traque qui a instruit peu de dossiers après 5 ans. Aujourd’hui, la Crei doit se contenter des dossiers d’Abdoulaye Baldé et d’Aïda Ndiongue, après tous ce temps.

On nous parle de restitution de ses biens à la famille Wade. Or, si ces biens étaient saisis par la Justice, ils ne sauraient être restitués par qui que ce soit. Le Président de la République n’étant pas au-dessus des lois. Bref, une vaste cacophonie. Comme quoi, la traque, ça craque. Personne n’y comprend rien. La preuve, c’est une ‘’Envoyée spéciale’’ qui donne des chiffres à la place du Ministre de la Justice et de celui des Finances. On peut se demander de quelle autorité ou de quelle qualité elle jouit qui lui permet ainsi de faire cette sortie. Si 200 milliards ont été recouverts, Mme Touré n’est pas censée être au courant, ou si c’est le cas, en parler. Elle n’est plus membre du Gouvernement, même si elle a beaucoup de qualité.

Comme à ses débuts, la traque des biens mal acquis nous livre, chaque jour, les manquements de notre démocratie, la faiblesse des institutions et les dysfonctionnent afférents.

Les autorités communiquent en effet peu sur les montants recouverts, ce que l’Etat en a fait dans le cadre de projets de lois rectificatifs, s’ils existent. C’est la nébuleuse, à ce propos.

On nous dit même que certains auraient transigé, sans que l’on sache pour combien.

Or, de l’argent a été englouti dans cette opération. Les Commissions rogatoires par exemple à Luxembourg, à Monaco, Paris et ailleurs, ont coûté très cher.

Pis, l’Etat a presque perdu deux ans durant lesquels il semble ne s’être concentré que sur la traque. C’est après que le Plan Sénégal émergent (PSE) a été mis en place et les orientations nécessaires faites, semble-t-il, sur les vraies préoccupations des Sénégalais.

N’empêche, les citoyens attendent d’être édifiés sur les tenants et les aboutissants de cette opération de reddition des comptes. Il ne suffit pas d’envoyer quelqu’un et de décliner un chiffre. Cela ne fera qu’accentuer le malaise entretenu par le fait que nombre de Sénégalais pensent que le Président a protégé ses proches et mis la pression sur ses opposants.

Pour lever toute équivoque sur cette question, il urge de communiquer largement sur la question par les autorités habilitées à le faire en conviant la presse nationale et internationale.

Pour le moment, nous sommes loin du compte. La traque a des allures de grosse machine de répression contre les adversaires politiques qui seraient tentés, par leurs capacités financières, à constituer un danger pour le régime. Elle l’a été sous Abdou Diouf, elle n’est pas loin de l’être sous Macky.

Rewmi

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