Incarnation de la sagesse, médiateur social et fervent Tidjane, El Hadji Mansour Mbaye a livré à Rewmi les dernières confidences d’Abdoul Aziz Sy Al Amine. Selon lui, l’un des plus grands souhaits du défunt Khalife des Tidjanes a été que le Président Sall se réconcilie avec l’ensemble des Sénégalais. En effet, ce griot natif de Saint-Louis qui a accompagné tout le processus démocratique de l’histoire politique de notre jeune nation, était l’invité de l’émission « Demb ak Taay ». Vous pouvez écouter l’intégralité de cet entretien, ce dimanche, sur les ondes de la 97.5 Rewmi FM. Morceaux choisis.

Qu’est-ce que vous avez ressenti lorsqu’on vous a informé du décès d’Abdoul Aziz Sy Al Amine ?

« Laissez-moi d’abord vous dire que Al Amine est né en 1928 et qu’il a commencé à exercer des responsabilités à l’âge de 15 ans. Il était l’envoyé de son père et participait beaucoup aux travaux champêtres. C’est quelqu’un qui était très engagé et déterminé dans tout ce qu’il faisait. C’est la raison pour laquelle ses parents et ses frères avaient confiance en lui. Al Makhtoum disait que si on devait avoir un général dans la famille, ça doit être forcément Al Amine. Par ailleurs, c’est avec beaucoup de tristesse que j’ai appris sa disparition (…).Quand j’avais une audience avec lui, on s’enfermait plus de 3 heures. Il m’a tout donné. D’ailleurs, il disait à ses amis de bien prendre soin de moi et de me considérer ».

Lorsque vous l’avez rencontré pour la dernière fois, qu’est-ce qu’il vous a confié ?

« Quand Al Amine est parti, il n’a rien laissé comme richesse. Il nourrissait plusieurs familles à Tivaouane. C’est la raison pour laquelle les gens ont beaucoup pleuré. Et le dernier message qu’il m’a laissé, c’est de dire au Président Sall de recevoir Babacar, son aîné. Il m’a également rappelé que le Président Macky Sall lui a déclaré qu’il allait continuer les travaux de la mosquée. C’est une chose qui lui tient à cœur et ça lui fera beaucoup plaisir qu’il le fasse. Al Amine m’a encore dit, Mansour demande une audience à Macky et dit lui de tendre la main à l’opposition, mais aussi de recevoir le comité qui a été créé en son honneur. Il m’a dit en dernier lieu de dire au Président de ne pas se lasser de tendre la main à l’opposition. Il faut dire au Président Sall de pardonner parce que s’il est Président, c’est grâce à Dieu et le tout puissant est quelqu’un qui pardonne. Il m’a dit, Mansour, je lui ai répondu oui, il m’a encore demandé de dire au Président de la République qu’il faut que les gens de son parti se réconcilient ».

Donc, il tenait vraiment à ce que le pouvoir et l’opposition se retrouvent autour d’une table pour évoquer des points qui pourraient intéresser les Sénégalais ?

« Il voulait discuter avec le Président Sall sur tous ces points mais, malheureusement, le sort en a décidé autrement. Abdoul Aziz Sy Al Amine considérait Macky Sall comme un fils. Il a voulu parler avec lui afin qu’il dialogue avec son prédécesseur et il m’a demandé d’aller rencontrer Macky Sall pour le lui dire. Selon lui, c’est seulement dans la paix et la sérénité que Macky pourra réussir. Il tenait beaucoup à ce que le Président Wade se réconcilie avec Macky Sall. Al Amine voulait même que le Président Wade vienne lui rendre visite, mais en vain ».

Comment Al Amine a apprécié les réalisations faites par le Président Macky Sall à Tivaouane ?

« Il l’a apprécié à leur juste valeur. C’est la raison pour laquelle Al Amine m’a interpellé un jour en me disant que celui qui a fait ça pour toi tu ne peux pas ne pas prier pour lui parce que maintenant, on n’a plus besoin de louer des bâches, entre autres. C’est pourquoi nous ne cesserons de prier pour lui parce qu’il l’a fait pour la famille d’El Hadji Malick Sy. Ses prédécesseurs voulaient peut-être faire une chose pareille, mais Dieu a voulu que ce soit Macky Sall. Il l’a fait à Tivaouane, à Touba et dans toutes les cités religieuses du pays. C’est pourquoi Al Amine a dit qu’il allait prier pour lui partout où il sera. Et je demande à tous les Sénégalais de prier pour lui, m’a-t-il aussi dit ».

Après sa disparition, Serigne Mbaye Sy Mansour a été désigné comme le nouveau Khalife. Qu’est-ce qu’on peut retenir sur cet homme ?

« C’est une personne qui a du caractère, de la personnalité et beaucoup de rigueur. Il aime la tariha Tidjania et son plus grand souhait c’est que cette famille soit une et indivisible. Je suis convaincu qu’il va suivre les traces de ses prédécesseurs. Ainsi, nous demandons à Dieu de lui prêter longue vie afin qu’il puisse accomplir cette tâche qui lui a été confiée. Et incha Allah, il réussira parce que sa source d’inspiration reste ses parents qui l’ont précédé ».

Vous l’avez dit, avant lui il avait ses parents. Est-ce que vous pouvez nous parler de ses prédécesseurs en commençant par Serigne Babacar Sy ?

« C’est lui qui a organisé la Dahira pour la première fois en 1927. Avec ses frères El Hadji Mansour, El Hadji Abdou et El Hadji Abib, il avait procédé à la pose de première pierre de beaucoup de mosquée dans ce pays. Il était un grand maître et beaucoup de personnes venaient de partout pour apprendre dans ces daaras. De 1922 à 1954, il a conduit correctement les destinées de la tariha. On l’appelait « Borom bonnet carré » parce que c’est ce qu’il portait. On reconnait les Tidjanes avec des parapluies, mais aussi grâce aux belles tenues qu’ils portent. Vous avez constaté également que Serigne Babacar Sy portait des médailles parce qu’à l’époque, il entretenait de bonnes relations avec les colons. On lui demandait toujours son avis sur les choses qui devaient se passer dans notre pays. Après lui, El Hadji Mansour, mon homonyme et aussi l’homonyme de Borom Daradji, a pris les commandes. Mais il n’a pas duré à la tête du khalifat ».

A sa suite il y avait Abdou Aziz Sy Dabakh.

« Abdoul Aziz Sy Dabakh a marqué l’histoire, la tariha Tidjania et l’Islam. C’est le premier fils d’El Hadji Malick à se rendre à Touba pour aller à la rencontre de Cheikh Mouhamadou Moustapha Mbacké, le premier Khalife de Khadim Rassoul. A l’époque, il y avait le gouvernement général. C’est ainsi qu’il a été convoqué à Saint louis pour lui demander qui est-ce qu’il faisait à Touba ? Abdoul Aziz Sy leur a rétorqué que cela ne les regardait pas. Il était accompagné par El Hadji Seydou Nourou. Le gouverneur général et le chargé des affaires politiques sont revenus à la charge en lui disant il paraît que le Khalife de Khadim Rassoul vous a offert beaucoup d’argent. Il leur a encore dit que Cheikh Mouhamadou Moustapha Mbacké m’a donné un exemplaire du Coran. Et ce livre représente plus que de l’argent pour moi. Ce qu’on peut retenir de lui, c’est qu’à chaque fois que quelque chose se passe ou devait se passer dans notre pays, Abdoul Aziz élevait la voix pour orienter les personnes. Il dialoguait avec tout le monde, même avec les chrétiens, notamment avec mon Seigneur Thiandoum. Il partageait tous ses biens avec les populations (…) ».

Pouvez-vous parler des relations entre El Hadji Mansour Sy, Borom Daradji, et les politiques ? Et éventuellement ce qu’on peut retenir sur lui ?

« El Hadji Mansour Sy, ce qu’on peut retenir sur lui c’est que beaucoup de talibés ont eu des titres fonciers grâce à lui. Des centaines de personnes sont parties à la Mecque pour les besoins du pèlerinage grâce à celui qu’on surnomme Borom Daradji (…). Borom Daradji parce que c’est quelqu’un qui était instruit. Il avait beaucoup de connaissances. Il gardait de bons termes avec les politiques, notamment le Président Wade. Tout le monde sait que Wade est un fervent Mouride, mais il a de bonnes relations avec les Tidjanes. Vous savez qu’Adama Wade, père de Doudou Wade, est un talibé d’El Hadji Mansour Sy. Donc, comme ses prédécesseurs, Borom Daradji était un homme qui rassemblait tout le monde autour de la religion et autour de la tariha Tidjania ».

Juste avant Al Amine, il y a eu Al Makhtoum, le mystérieux. Savez-vous pourquoi cet homme était toujours en retrait ?

« Serigne Cheikh Ahmet Tidiane Sy comme ses prédécesseurs était quelqu’un de très social. Et je peux vous dire que si Senghor a été le premier Président de la République du Sénégal, c’est grâce à Al Makhtoum. Parce que quand il s’est séparé du Président Lamine Guèye, Senghor avait décidé de retourner en France car il ne pouvait rien contre ce dernier. Ainsi, un certain Ibrahima Seydou Ndao lui a-t-il demandé de rester. C’était pour le mettre en rapport avec Al Makhtoum qui l’a mis en relation avec son père. Ils ont formulé des prières pour Senghor et c’est pourquoi le premier Président sénégalais avait beaucoup d’estime pour cette famille (…).Serigne Cheikh Ahmet Tidiane Sy était un homme discret, pourtant il aidait plusieurs personnes. Il avait l’amour du prochain et donnait tout ce qu’il avait aux nécessiteux ».

Rewmi

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